Famille RAGEADE

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vielle a roue

Par RAGEADE Jacky

Luthier et musicien...

par Jacky Rageade, luthier Le Broc, Alpes-Maritimes (FRANCE)



... Je travaille seul dans mon atelier, situé au Broc, petit village semi-montagnard des Alpes Maritimes, non loin de Nice. Je crée divers instruments de musique à la commande (Dulcimers, Tambourins à cordes, vielles à archets médiévales ...) mais surtout des Vielles à roue, c'est mon activité principale.
J'en joue, et c'est ma passion. Trois modèles me sont le plus demandés : des vielles à coque ronde dites "bateau", des vielles simplifiées qui permettent aux musiciens à petit budget de jouer sur un instrument fiable, puis des "vielles alpines" traditionnelles des Alpes méridionales. Pour celles-ci, je m'appuie sur l'unique ouvrage traitant de ce sujet (remarquable travail de répertoriage historique de la "sansougna" ou "viola" dans notre région).
Parallèlement, je poursuis ma recherche sur le perfectionnement des techniques et leur mise en oeuvre : travail obsédant, très long, souvent fastidieux. Je suis comme aspiré, inspiré par un "son intérieur" issu de mon imaginaire. Celui-ci me donne toutes les persérances, toutes les patiences. L'objectif de mon travail est de proposer des instruments à personnalité, au chant clair, aux attaques nettes.
 
 
Les bourdons ne couvrent pas la voix du clavier, la trompette sert de batterie d'accompagnement, sans être tonitruante, ni agressive.
A propos des vielles plates et des vielles rondes : La forme de la caisse de résonance, et par conséquent la forme et la surface de la table, influent sur le timbre. Une coque plate donnera un son plus raffiné qu'une coque en luth, car les différentes cordes qui sonnent à des octaves différents seront perçues plus indistinctement. Les graves seront moins présents et la voix de l'instrument sera plus proche des aigus du violon.
La caisse en luth, par sa forme et la surface plus importante de sa table, donnera un son où les harmoniques graves seront plus "mixés". On aura une impression de puissance sonore supérieure à une caisse plate. Mais on ne peut juger de la puissance d'un instrument que s'il joue avec d'autres : ou on l'entend, ou il est étouffé. Une vielle plate bien réglée tient tout à fait sa place, au milieu d'autres instruments. En définitive, c'est une question de goût, et l'on peut préférer l'un ou l'autre timbre ; à moins que la forme de l'instrument soit le critère prédominant du choix. Elle a aussi une grande importance dans l'impression sensorielle du corps à corps avec l'instrument.

La vielle, instrument au-delà des modes : Ce que j'aime dans la vielle à roue, c'est sa liberté. L'instrument n'a jamais été codifié dans sa forme ni dans ses mesures comme peut l'être le violon. On lui demande de sonner et d'être belle, sans s'arrêter à des critères de mode. Sa musique est pareille. Pour qu'elle touche au coeur, elle doit être libre. Elle doit aussi se libérer d'un "esprit cartésien" qui voudrait qu'un équilibre soit la balance entre deux forces ou deux poids égaux. Si l'accord de toutes ses cordes est effectué avec un accordeur électronique (tempérament égal), elle va jouer, mais le son émis sera plat, sans caractère. Il faut modifier légèrement les bourdons qui seront techniquement faux. C'est le paradoxe de "l'erreur qui fait juste". C'est le son "tempéré" qui fait que la musique exprime une émotion, un sentiment. Le musicien et sa vielle : Quant au jeu du musicien, il y a à mon avis deux approches : Celle "d'école" qui implique une manière de jouer correspondant à un style développé dans une région donnée, par exemple le Centre-France. A mon avis, cette école est plus une manière de jouer de quelques virtuoses qui a fait souche, par simplification. Il y a aussi l'approche libre de tout interdit, qui correspond au caractère même de la vielle. La règle à mon avis, est d'être efficace dans le jeu, et surtout de vouloir exprimer ses sentiments dans la musique. Vouloir approfondir un répertoire, travailler un style "d'école" doit être la recherche d'un enrichissement dans la différence de l'autre et non un "terrorisme intellectuel". La mode est au métissage, mais les anciens ne nous ont pas attendus pour prendre chez les autres ce qu'ils aimaient, afin de l'exprimer avec leur sensibilité.

 

Jacky Rageade
Quartier les Prés
F-06510 Le Broc
Tel/Fax : 04.93.29.31.66

jacky@rageade.net ou jrageade@minitel.net